{"collection":"earth","html_url":"https://unchartedknowledge.5gfusion.net/browse/earth/toe/toe28.htm","path":"earth/toe/toe28.htm","source_url":"https://sacred-texts.com/earth/toe/toe28.htm","text":"Theory of the Earth, by James Hutton, [1788 and 1795]\nThe same Subject continued, in giving still\n farther Views of the Dissolution of the\n Earth.\nTo have an idea of this operation of running water changing the surface of the earth, one should travel in the Alps; it is there that are to be seen all the steps of this progression of things, and so closely connected in the scene which lies before one, that there is not required any chain of argument, or distant reasoning from effect to cause, in order to understand the natural operations of the globe, in the state of things which now appears. So strongly are the operations of nature marked in those scenes, that even a description is sufficient to give a lively idea of the process which had been transacted. With this view, I shall here transcribe, from the Tableau de la Suisse, a description of that remarkable passage by the mountain of St. Gothard, from Switzerland to Italy, hoping, that, even independent of the illustration hereby given to the theory, the reader will be pleased to see such a picture of that country as will either excite new ideas in a person who has not seen such scenes, or call up those which it is proper for a naturalist to have 4.\n\u00abNous allons donner les observations que nous avons faites, en montant le Saint Gothard par le c\u00f4t\u00e9 septentrional, et nous terminerons ce que nous avons \u00e0 dire par la description du haut de cette montagne. Il y a aux environs d'Altorf, chef-lieu du canton d'Uri, de grands terrains couverts de pierres roul\u00e9es, dont la plus grande partie est amen\u00e9e par le Schechen, torrent qui descend de la vall\u00e9e du m\u00eame nom, et l'autre par la Reuss qui descend du St. Gothard. Sans se donner beaucoup de peines, on y a la facilite de voir et d'examiner une grande vari\u00e9t\u00e9 de pierres d'esp\u00e8ces diff\u00e9rentes et de conno\u00eetre d'avance les rochers qui composent les montagnes qu'on va parcourir; nous r\u00e9p\u00e9tons ici que toutes les pierres arrondies ont pris cette forme par le roulis qu'elles ont essuy\u00e9es dans les torrens, en se pr\u00e9cipitant avec les eaux qui les ont amen\u00e9es: plus nous avons parcouru de montagnes, plus nous nous sommes confirm\u00e9s que cette observation \u00e9toit vraie et exact. Si on a la constance de suivre une esp\u00e8ce jusqu'au lieu de son origine ou position premiere, on l'y trouvera anguleuse, et n'ayant subi d'autres changemens que celui que le tems imprime \u00e0 toutes les substances qui restent en place; on verra qu'\u00e0 mesure qu'elles s'\u00e9loignent de leur premiere position leurs angles et leurs parties saillantes se d\u00e9truisent, et qu'elles finissent par prendre la forme ronde ou approchante, en raison de leurs duret\u00e9 et du chemin qu'elles auront parcouru. Nous renvoyons \u00e0 ce sujet ce qui a \u00e9t\u00e9 dit vers le commencement de ces observations, en parlant du Trient. Nous ajoutons seulement qu'il n'y a gu\u00e8re d'esp\u00e8ce de pierres roul\u00e9es dans les montagnes, dont nous n'ayons pas trouv\u00e9 les rochers analogues, et qu'avec du tems et les courses convenables, en observant bien les directions des montagnes et des torrents, on les trouveroit toutes. Altorf est entour\u00e9 de tr\u00e8s-hautes montagnes, des vallons aboutissent de tous c\u00f4tes dans ses environs, parce-que c'est le lieu le plus bas o\u00f9 les eaux vont se jetter dans le lac de Wahlasthall ou de Lucerne, \u00e0 l'extr\u00e9mit\u00e9 duquel Altorf est situ\u00e9; le vallon est assez couvert dans le bas, il est cultiv\u00e9 dans quelques parties, et il y a des arbres fruitiers; c'est sur-tout aux environs de Birglen qu'on rencontre beaucoup de pierres roul\u00e9es et des rochers amen\u00e9s par les eaux.\n\u00abLes rochers sont de pierre calcaire, et continuent jusqu'\u00e0 Silenen \u00e0 deux lieues d'Altorf; les montagnes sont fort hautes et fort escarp\u00e9es des deux c\u00f4t\u00e9s du vallon, de beaux pr\u00e8s sont dans le bas; quelque arbres fruitiers et sur-tout des noyers sont \u00e0 mi-c\u00f4te, et entre les rochers, des for\u00eats de sapins. Avant d'arriver \u00e0 Silenen, on apper\u00e7oit le glacier de Tittlis; il est sur le territoire d'Engelberg, et on trouve encore quelques h\u00eatres; derri\u00e8re les montagnes bois\u00e9es il s'en \u00e9l\u00e8ve d'autre nues et arides. Des points et des vues admirables par la d\u00e9gradation des montagnes et pour le sauvage, s'offrent de toutes parts. Des chalets, des habitations isol\u00e9es, sont situ\u00e9s au pied des plus affreux rochers qui les menacent d'une ruine prochaine. L'habitant y vit sans crainte, entour\u00e9 de son pr\u00e9 et de son petit bien dont il est tranquille possesseur.\n\u00abLa chaleur concentr\u00e9e dans ce vallon y fait m\u00fbrir diff\u00e9rentes productions peu recherch\u00e9es; \u00e0 la verit\u00e9, ce sont des fruits fort communs, excellens pour le pays, parce qu'on n'y en connoit pas de meilleurs. C'est du petit village d'Amsteeg entour\u00e9 de fort hautes montagnes, qu'on commence \u00e0 monter ce qu'on nomme le Saint Gothard general: le chemin devient plus roide, la Reuss y est plus resserr\u00e9s et roule ses eaux dans un lit fort profond et tr\u00e8s-escarp\u00e9, des torrens des cascades, tombent de diff\u00e9rens endroits des deux c\u00f4t\u00e9s de ce vallon et de belles for\u00eats de sapin, o\u00f9 il y a des arbres prodigieux pour la hauteur, varient les points de vues; on s'\u00e9l\u00e8ve beaucoup au-dessus du fond des vallons par des chemins rapides: l'exposition plus heureuse fait cultiver du jardinage et des arbres fruitiers; il y a beaucoup de chanvre dans ces environs. De l'autre c\u00f4t\u00e9 du vallon, sur la gauche de la Reuss, est une usine ou on fabriquoit de l'alum et du vitriol, les travaux ont cess\u00e9, ces \u00e9tablissemens et l'exploitation des mines sont peu connus et peu suivis en Suisse. La Reuss semble toujours s'enfoncer d'avantage, par-tout elle roule ses flots avec bruit et fracas, elle s'est creus\u00e9e un lit \u00e0 des profondeurs incroyables; il n'y a point d'endroit ou l'on puisse mieux voir cet \u00e9tonnant travail des eaux que sur le pont du Pfaffensprung, \u00e0 une demi-lieue de Vassen; il est \u00e0 une hauteur si effrayante que le premier mouvement, quand on regarde au bas du pont, est de se tenir au parapet, et le second de le quitter, dans la crainte qu'il ne manque, ce n'est que par r\u00e9flexion qu'on y revient, On voit la progression et le travail successif de l'eau du haut jusqu'en bas; la roche a des sinuosit\u00e9s o\u00f9 des angles arrondis, rentrans et faillans, alternativement de chaque c\u00f4t\u00e9, et dont saillans sont opposes aux rentrans, de fa\u00e7on qu'il reste peu d'espace pour apercevoir l'eau, ce canal ou ce, gouffre n'ayant pas plus de deux toises et demie de large. Depuis Silenen on ne voit plus de pierres calcaires, les rochers sont schisteux argileux, m\u00eal\u00e9 de beaucoup de quartz; le lit de la Reuss est rempli de granits, mais qui viennent des montagnes sup\u00e9rieures. Au-dessus du pont, dont nous venons de faire mention, on rencontre un passage des plus pittoresques, compos\u00e9 de moulins, de scieries, de chutes d'eau, domin\u00e9s par le village de Vassen, et entour\u00e9s de montagnes fort extraordinaire. Une roche argileuse sur un plan inclin\u00e9, s'est d\u00e9tach\u00e9e de la hauteur, et a emport\u00e9 un pont et un moulin.\n\u00abOn monte beaucoup apr\u00e8s avoir pass\u00e9 Vassen; ces environs sont d'une vari\u00e9t\u00e9 \u00e9tonnante pour la beaut\u00e9 et la singularit\u00e9 des paysages. Des nappes d'eau, des cascades qui se pr\u00e9cipitent de roches en roches, forment dix et quinze chutes avant de se perdre dans les sapins qui contrastent avec la blancheur des eaux toutes r\u00e9duites en \u00e9cume. Des maisons d'une construction particuli\u00e8re, plac\u00e9es contre les rochers pour les mettre \u00e0 l'abri des avalanches, des poutres jet\u00e9es sur diff\u00e9rentes masses de rochers pour passer la Reuss et autres torrens dont les eaux sont bouillonnantes et jaillissantes, des arcades de pierres pour joindre des rochers suspendus sur ces pr\u00e9cipices, rochers de mille formes bizarres occupent le voyageur, et ne lui donnent plus le tems d'apercevoir les mauvais pas qu'il franchit. Il y a sans doute des hommes assez malheureux, qui ne verroient que des dangers, et ne seroient occup\u00e9s que de leurs craintes et des terreurs paniques; c'est en effet une grande privation de ne pas sentir les beaut\u00e9s de la nature, elle devient un malheur r\u00e9el quand ce plaisir se trouve remplac\u00e9 par des angoisses et de la frayeur. Un tableau d'un autre genre nouveau, et pour lequel les expressions manquent, est une for\u00eat ras\u00e9e et abattue par une avalanche, il y a quelques ann\u00e9es, ces sapins de plus de cent pied de long, ont eu le tems de perdre leurs feuilles et de permettre \u00e0 la vue de passer \u00e0 travers cette \u00e9norme quantit\u00e9 de bois et de branches entre lac\u00e9es de mille mani\u00e8res bizarres, et d'apercevoir des rocs \u00e9pars, des eaux qui circulent autour, et tombent quelque fois en cascades. C'est une spectacle qui devient effrayant quand on pense \u00e0 la force et \u00e0 la violence du moyen qui a pu occasionner un pareil effet. On recueille dans ce canton la r\u00e9sine des m\u00e9l\u00e8zes. Quoique Vassen soit d\u00e9j\u00e0 fort \u00e9lev\u00e9, on y cultive encore quelque jardinage, et il y a aussi quelque cerisiers sauvages. Il y a environ cinq-lieues jusqu'\u00e0 Altorf.\n\u00abApr\u00e8s avoir pass\u00e9 Vassen, on trouve cinq ou six superbes cascades form\u00e9es par la Reuss. Elle fait un bruit \u00e0 \u00e9tourdir: la chaleur qu'il faisoit, avoit procur\u00e9 une abondante fonte de neige, et l'eau avoit beaucoup augment\u00e9 depuis le matin. Des bouleaux, des sapins, et des m\u00e9l\u00e8zes, group\u00e9s ensemble, formoient des contrastes agr\u00e9ables par la vari\u00e9t\u00e9 et le m\u00e9lange des diff\u00e9rens verts. Les chemins sont faits \u00e0 grand frais et avec beaucoup de soin; on a jett\u00e9 des arcades en diff\u00e9rens endroits pour joindre les rochers, et faire passer les chemins par-dessus; on entend mugir la Reuss sous ses pieds elle \u00e9cume par-tout, il faut \u00eatre accoutum\u00e9 \u00e0 ce spectacle pour n'en pas \u00eatre effray\u00e9. Les rochers de droite et de gauche sont par-tout \u00e0 pic et d'une granit, qui est jaun\u00e2tre dans diff\u00e9rens endroits; dans d'autres, il est d\u00e9compos\u00e9, passant \u00e0 l'\u00e9tat d'argile; c'est le felds-path qui subit le premiere ce changement. Des quartiers de rochers des parties de montagnes sont \u00e9pars; des chalets, des habitations solitaires sont plac\u00e9 aux environs des endroits o\u00f9 il y a quelque p\u00e2turage. Il y a un de ces rochers qui est une belle masse de granit, appell\u00e9e la Pierre du Diable; on n'oublie pas de la faire remarquer, parce qu'il y a un conte populaire \u00e0 son sujet que de graves auteurs nous ont conserv\u00e9. Le vallon se r\u00e9tr\u00e9cit beaucoup avant d'arriver \u00e0 Gestinen.\n\u00abOn a \u00e9lev\u00e9 par-tout de murailles \u00e0 de tr\u00e8s-grandes hauteur pour faire le chemin. Tout ce travail, vu le local, est incroyable pour la difficult\u00e9; de gros blocs de granits sont rang\u00e9s sur les bords du chemin pour servir de barri\u00e8res dans les endroits les plus dangereux. Ces passages sont si \u00e9troit qu'il faut peu de chose pour les interrompre. Le pont du Diable est d'une seul arche \u00e0 plein ceintre de quatre toises d'ouverture deux et demie de large, et de douze toises d'\u00e9l\u00e9vation au-dessus de l'eau; le fracas et la rapidit\u00e9 avec laquelle l'eau passe sous ce pont, ne permettent gueres qu'on la consid\u00e8re tranquillement de dessus le pont, on est toujours tent\u00e9 de s'en \u00e9loigner.\u2014La distance depuis Gestinen jusqu'\u00e0 Teufelsbruck ou pont du Diable, qui est environ deux lieues, suffit pour prouver ce que nous disons; cette vall\u00e9e, qu'on nomme Schollenen, offre \u00e0 chaque pas des difficult\u00e9s vaincues, des rochers franchis, des intervalles combl\u00e9s par des murailles, o\u00f9 il a fallu employer des montagnes de pierres.\n\u00abLes chemins sont pav\u00e9s partout mieux que dans beaucoup de villes; des chevaux et des mulets charg\u00e9s les fr\u00e9quentent toute l'ann\u00e9e; et dans quels pays ces grands travaux ont-ils \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cutes? Dans un v\u00e9ritable chaos de rochers et montagnes dont partie sont boulevers\u00e9s, et l'autre paro\u00eet pr\u00eate \u00e0 s'\u00e9crouler sur le passant, qui ne voit sous ses pieds que des \u00e9cueils, des gouffres et des pr\u00e9cipices, au fond desquels roule un torrent \u00e9cumant et furieux. Si les rochers sont mena\u00e7ans, les avalanches sont encore plus dangereuses dans ce redoutable passage; il n'y a point d'ann\u00e9e qu'il ne p\u00e9risse des hommes et des b\u00eates de somme; on fait voir un endroit o\u00f9 une avalanche transporta \u00e0 plus de cent toises au-dela de la Reuss, dix-neuf chevaux et mulets charg\u00e9s ainsi que leurs conducteurs; dans d'autres endroits des quartiers de rochers prodigieux qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9s et transport\u00e9s de m\u00eame.\n\u00abApr\u00e8s avoir pass\u00e9 le pont du Diable, le chemin tourne \u00e0 gauche, puis \u00e0 droite, pour monter une rampe assez rapide, tr\u00e8s-bien pav\u00e9e, qui conduit \u00e0 une ouverture dans le rocher, c'est le seul passage qui se presente, nomm\u00e9 Urner-Loch, trou du pays d'Urner ou Urseren; un rocher fort \u00e9lev\u00e9 est sur la gauche, et les cascades de la Reuss \u00e0 droite; l'entr\u00e9e du passage est obscure, c'est une galerie souterraine pratiqu\u00e9e dans le roc, haute de neuf pieds environ de fa\u00e7on qu'un homme peut y passer \u00e0 cheval, de onze pieds de large et trente-deux toises de long; on a pratiqu\u00e9 dans le milieu une ouverture pour donner du jour; cette roche est toute de granit, ainsi que celles qui sont autour du pont du Diable; Il y a environ soixante ans que cette galerie a \u00e9t\u00e9 ouverte; le chemin passoit auparavant en dehors sur une esp\u00e8ce de pont qui tournoit le rocher, et se trouvoit exactement suspendu et fort mal assur\u00e9 au-dessus des cascades de la Reuss; de frequens accidens, de grands frais pour reconstruire et entretenir ce pont, souvent entra\u00een\u00e9 par les eaux, ont necessit\u00e9 l'ouverture de ce passage.\n\u00abEn sortant de ce passage obscur, on est surpris d'entrer dans une plaine ouverte, riante et couverte de verdure, et de voir couler \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de soi une onde limpide et tranquille. Ce tableau est d'autant plus frappant qu'on vient de voir le contraste le plus effrayant; ce passage souterrain est comme le rideau qui se l\u00e8ve entre deux d\u00e9corations, dont l'une representoit le chaos et le bouleversement de la nature, et l'autre celle de la nature naissante et par\u00e9e des premiers et des plus simples ornemens; cette plaine est unie, de forme ovale, couverte d'un vaste gazon et de p\u00e2turages, entre lesquels serpente doucement la Reuss: sur ces bords il y a quelques buissons et peu d'arbres, ce sont des aulnes. Des cabanes de bois, des chalets isol\u00e9s et solitaires sont r\u00e9pandus ca et l\u00e0 \u00e0 l'entr\u00e9e du vallon: \u00e0 gauche est le village d'In-der-Matt b\u00e2ti en pierres, et \u00e0 neuf; dans le fond celui de hospital et situ\u00e9 sur le penchant d'un coteau, il est domin\u00e9 par une grosse tour: les montagnes du St. Gothard servent de fond au tableau, elles sont trop \u00e9loign\u00e9es pour laisser apercevoir leur aridit\u00e9; des montagnes nues, couvertes d'une verdure l\u00e9g\u00e8re sans arbres et sans buissons, bordent les deux c\u00f4t\u00e9s du vallon: enfin tout paro\u00eet jeune et d'une cr\u00e9ation nouvelle au premier coup d'oeil, qui met le spectateur dans l'\u00e9tat o\u00f9 est un homme \u00e0 son r\u00e9veil apr\u00e8s un r\u00eave \u00e9pouvantable, o\u00f9 il n'a vu que des objets effrayans; il se trouve heureux et content d'\u00eatre en s\u00fbret\u00e9 et hors des dangers qui le mena\u00e7oient, tant les impressions de son r\u00eave lui sont encore pr\u00e9sentes.\n\u00abCe vallon offre des remarques int\u00e9ressantes pour l'histoire naturelle, sa position, sa forme, et son nivellement ne laissent aucun doute que cet emplacement n'ait \u00e9t\u00e9 le s\u00e9jour des eaux; en examinant les bords du lit de la Reuss, on reconno\u00eet que le terrain de ce vallon est par couches horizontales de pierres argileuses; le pied des montagnes qui entourent le vallon sur la droite est de pierre calcaire grise, \u00e0 la m\u00eame hauteur, et \u00e0 mi-c\u00f4te, sur la gauche, on trouve de la pierre ollaire. Voil\u00e0 encore une de ces circonstances o\u00f9 il seroit int\u00e9ressant de conno\u00eetre la hauteur exacte de cette pierre calcaire, et de pouvoir comparer son niveau avec d'autres que nous avons d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9 \u00eatre aussi d\u00e9pos\u00e9es au pied des montagnes dans de petits vallons fort \u00e9lev\u00e9s, analogues \u00e0 celui dont il est question. Quelque secousse aura rompu l'enceinte de rocher qui fermoit ce bassin: l'\u00e9coulement des eaux aura achev\u00e9 de creuser ce passage, o\u00f9 coule actuellement la Reuss, et le vallon qui est au-dessous. Quoique les angles rentrans et saillans des montagnes ayent lieu dans quelque endroits, il s'en faut de beaucoup que ce soit une r\u00e8gle certaine: le vallon qui descend du Saint Gothard \u00e0 Altorff est une de ces exceptions. Une autre chose remarquable dans ce vallon, c'est qu'au sortir du passage souterrain que nous avons dit \u00eatre creus\u00e9 dans le granit, il y a tout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 sans interruption, et formant la m\u00eame masse de rocher, de la pierre schisteuse micac\u00e9e, m\u00eal\u00e9e de quartz, dont les couches sont perpendiculaire, se fendent et tombent par morceaux, qui ont la forme de poutres ou de bois \u00e9quarris. Cette esp\u00e8ce de roche est aussi haute que celle de granit, et compos\u00e9e, dans des proportions diff\u00e9rentes, des m\u00eames parties int\u00e9grantes que le granit; n'a-t-elle pas \u00e9t\u00e9 appos\u00e9e et form\u00e9e contre celle de granit, qui assur\u00e9ment doit \u00eatre plus ancienne, puisqu'elle est envelopp\u00e9e par la roche schisteuse 5?\nCe vallon, d'une bonne lieue de longueur sur moiti\u00e9 de largeur, peut occasionner bien des r\u00e9flexions; nous avons \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de passer rapidement sur ces objets, nous ne faisons que les indiquer. Au-haut de la montagne rapide, qui est au-dessus du village d'In-der-Matt, il y a un petit bois de sapins, auquel il est d\u00e9fendu de toucher sous peine de la vie. Il est r\u00e9serv\u00e9 contre les avalanches; ce sont les seules arbres qu'on voie sur les hauteurs environnantes; derri\u00e8re ce bois on apper\u00e7oit un glacier d'o\u00f9 descend un torrent qui va se jetter dans la Reuss; il am\u00e8ne, ainsi que les autres qui descendent de ce cot\u00e9, des pierres schisteuses micac\u00e9es, m\u00eal\u00e9es de quartz, de m\u00eame nature que celle qui est \u00e0 cot\u00e9 du passage souterrain. On monte par un beau chemin au village de Hospital, qui d\u00e9pend aussi du pays d'Urseren: tout ce canton est renomm\u00e9 pour ces excellens fromages. Il n'y a que des p\u00e2turages et point d'autre culture. Le bois, qui est de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 dans un pays aussi froid, aussi \u00e9lev\u00e9 et toujours entour\u00e9 de neige, y manque totalement, on est oblig\u00e9 de l'aller chercher dans la vall\u00e9e de Schollenen, et on traine sur la neige le bois de charpente. Le village de Hospital est situ\u00e9 sur des roches schisteuses m\u00eal\u00e9es de mica et de quartz, elles sont bleues, verd\u00e2tres, et grises. C'est \u00e0 Hospital qu'est la rencontre de diff\u00e9rens chemins pour passer le Saint-Gothard; il y en a un qui venant du Vallais, passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du glacier du Rh\u00f4ne et par la montagne de Fourk. Un second qui vient des Grisons, passe par Disentis et Chiamut entre les sources du bas Rhin. Ce sont des sentiers: qu'on juge de ce qu'ils peuvent \u00eatre d'apr\u00e8s le grand chemin que nous venons de d\u00e9crire, qui conduit de la Suisse en Italie.\n\u00abSur la droite du village de Hospital est un vallon que nous avons visit\u00e9 jusqu'au village de Zum-d'Orff, \u00e0 une grand demi-lieue. Il y r\u00e8gne aussi une couche de pierre calcaire \u00e0 m\u00eame hauteur, au bas de la montagne qui renferme le vallon, et nous prions de remarquer qu'elle est aussi sur la droite, et que sur la gauche il y \u00e0 de pierre ollaire; une masse \u00e9norme de cette esp\u00e8ce, sous laquelle on travailloit depuis long-tems pour en tirer de quoi faire des po\u00eales, ayant perdu son \u00e9quilibre, est tomb\u00e9e sur le c\u00f4t\u00e9. Les rochers qui dominent, sont des rochers schisteuse micac\u00e9es avec du quartz. Ce dernier village fait aussi partie de la vall\u00e9e d'Urseren, c'est le pays habit\u00e9 le plus \u00e9lev\u00e9 de l'Europe; les habitons sont forts et robustes; les montagnes de ce canton \u00e9tant nues, arides, et fort rapide, les avalanches y sont fr\u00e9quentes.\n\u00abC'est au sortir de Hospital qu'on monte v\u00e9ritablement le Mont Saint Gothard: le chemin est escarp\u00e9, pav\u00e9, et bien entretenu. Par un vallon \u00e0 droite descend le Garceren, torrent qui vient des glaciers; son eau est blanch\u00e2tre, se jette dans la Reuss, et en trouble la limpidit\u00e9; les rochers sont de plus en plus d\u00e9pouill\u00e9s, secs et arides, on trouve les derniers buissons, des aulnes rabougris. La Reuss tombe de rocher en rocher, des blocs et des quartiers \u00e9normes, qui remplissent son lit, lui barrent souvent le passage; ses eaux s'\u00e9lancent par-dessus quand elle ne peut le contourner; on ne voit enfin que des rochers, des abymes et des pr\u00e9cipices; on marche n\u00e9anmoins en s\u00fbret\u00e9 au milieu de ce d\u00e9sordre de la nature; les chemins sont bien pav\u00e9s, et assez larges pour que deux chevaux ou deux mulets charg\u00e9s puissent y passer de front. Sur un rocher \u00e0 droite, \u00e0 une lieue de Hospital environ, on trouve taill\u00e9s dans le roc les limites entre le pays d'Urseren, et la partie Italienne ou vall\u00e9e de Livenen; ainsi tout sommet du St. Gothard appartient \u00e0 la partie Italienne, qui est actuellement sujette du canton d'Uri. On parvient enfin sur un terrain plus uni, et une esp\u00e8ce de plateau, c'est le haut du Saint Gothard; \u00e0 une demi-lieue sur la droite, entre des rochers forts hauts, forts escarp\u00e9s et \u00e0 pic, est une esp\u00e8ce d'entonnoir, ou se rassemblent les eaux des neiges fondues; elles y forment le petit lac de Luzendro, gel\u00e9 le trois quarts de l'ann\u00e9e, d'ou la Reuss tire sa source en partie; car le glaciers du mont de la Fourche ou Fourk dans le haut Vallais, fournissent aussi un torrent qui est regard\u00e9 comme la seconde source de la Reuss; le Rh\u00f4ne prend sa source dans la partie oppos\u00e9e du m\u00eame glacier. Le haut du Saint Gothard est un vrai vallon, puisque des cimes, des pyramides, des montagnes prodigieuses, compos\u00e9es toutes de rochers, s'\u00e9l\u00e8vent au-dessus, et l'entourent de tous c\u00f4t\u00e9s. L'espace qui est entre ces rochers a une forme a-peu-pr\u00e9s circulaire; il paro\u00eet avoir \u00e9t\u00e9 un fond qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 et combl\u00e9 jusqu'au point ou il est par les d\u00e9bris des montagnes qui le dominent, et qui s'y amonc\u00e8lent encore actuellement sous nos yeux; il a une esp\u00e9ce de niveau qui va un peu en pente du c\u00f4t\u00e9 du midi, et du c\u00f4t\u00e9 du Nord par lesquels se fait l'\u00e9coulement des eaux fournies par la fonte des neiges, dont la Reuss et le Tessin sont les canaux. Des masses \u00e9tonnantes de rochers remplissent la surface de ce vallon: elles y sont plac\u00e9es dans une d\u00e9sordre qui ne ressemble point aux positions des rochers actuels, et autorise \u00e0 croire qu'elles y ont \u00e9t\u00e9 jet\u00e9es et culbut\u00e9es au hazard. Ces masses isol\u00e9es sont toutes de granit, compos\u00e9 de quartz, de feldspath, et de mica verd\u00e2tre; le chemin qui traverse ce vallon tourne autour de ces masses. Il faut que les pics \u00e9lev\u00e9s qui bordent ce vallon ayent \u00e9t\u00e9 beaucoup plus hauts qu'ils ne le sont actuellement pour avoir pu fournir \u00e0 combler cette \u00e9tendue, qui a une lieue au moins. Il n'est pas douteux non plus, que les vastes montagnes qui font au pied de toutes celles qui forment l'enceinte du Gothard, au moyen desquelles on trouve un acc\u00e8s plus facile, et des rampes moins rapides pour s'\u00e9l\u00e8vent comme par degr\u00e9s \u00e0 cette hauteur, qui composent enfin ces montagnes de seconde et de troisieme formation, ne doivent leur existence qu'aux d\u00e9bris de ces colosses qui dominent tout. L'examen de ce qui se passe sous nos yeux journellement, ne peut nous laisser aucun doute sur l'abaissement de montagnes. Il n'y a point de torrent, point d'\u00e9coulement d'eaux, quelque petit qu'il soit, qui n'entra\u00eene en descendant des montagnes, des terres, des graviers, ou des sables, pour les porter plus bas. Les grands torrens, les fleuves, les rivi\u00e8res, gonfl\u00e9s par les fontes subites des glaces et des neiges, entra\u00eenent des rochers enti\u00e8res, creusent de vastes et profonds ravins; ces masses de rochers diminuent par le choc et le frottement qu'elles essuient entre elles, et sur les rochers sur lesquels elles passent, dont elles occasionnent reciproquement la destruction; ce sont des d\u00e9bris de cette esp\u00e9ce de trituration qui troublent les eaux, et dont le d\u00e9p\u00f4t \u00e9l\u00e8ve insensiblement les bords des rivi\u00e8res, forme le limon f\u00e9condant de nos plaines, et va former jusque dans le sein des mers ces atterrissemens, ces barres, et ces bancs qui en reculent les bornes. Les rochers les plus durs, ces granits que les meilleurs outils ont tant de peine \u00e0 fa\u00e7onner, ne r\u00e9sistent point au tems et aux intemp\u00e9ries des saisons; leur superficie se d\u00e9nature et se d\u00e9compose souvent au point de ne pas les reconno\u00eetre: des lichens, des petites mousses s'insinuent dans leur tissu, l'eau y p\u00e9n\u00e8tre, et la gel\u00e9e s\u00e9pare leurs parties; s'ils se trouvent plac\u00e9 sur une pente de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir \u00eatre entra\u00een\u00e9 par les eaux, la plus grosse masse est bient\u00f4t r\u00e9duite \u00e0 peu de chose, apres avoir parcouru un plan inclin\u00e9; quels changemens ne doit pas avoir op\u00e9r\u00e9 cette marche constante de la nature. A quel point n'est elle pas rendu m\u00e9connoissable la superficie du globe que nous habitons. Pour peu qu'on r\u00e9fl\u00e9chisse que les montagnes fournissent continuellement aux plaines, et que celle-ci ne rendent rien aux montagnes, on pourra se faire quelque id\u00e9e des changemens que la r\u00e9volution des si\u00e8cles \u00e0 du op\u00e9rer. Aussi n'est ce que sur les hautes montagnes qu'on apper\u00e7oit encore parmi leurs vastes d\u00e9bris, les mat\u00e9riaux qui ont servi et servent aux cr\u00e9ations nouvelles que la nature op\u00e8re journellement, qu'ils sont grands, qu'ils sont majestueux ces antiques d\u00e9bris! que l'homme est petit, qu'il est confondu quand il ose y porter un regard curieux!\u00bb\nIn this picture of the Alps, there is presented to our view the devastation of solid rocks by agents natural to the surface of the earth; here is the degradation of mountains in the course of time. Of these ruins plains are formed below; and these plains are continually shifting their place, in affording materials to be washed away and rolled in the rivers, and in receiving from the higher grounds the spoils of ruined rocks and mountains. Such operations are general to the globe, or are to be found over all this earth; but it is not every where that we have descriptions proper to give just ideas of this subject, which escapes the common observation of mankind.\nAs I have given an example in the Alps of Savoy and Switzerland, it may be proper to give some view of the same operation in those of the Pyr\u00e9n\u00e9es (Essai sur la Min\u00e9ralogie des Monts Pyr\u00e9n\u00e9es) page 76.\n\u00abLa vall\u00e9e d'Aspe est arros\u00e9e dans toute sa longueur, par le Gave, qui prend sa source vers les fronti\u00e8res d'Espagne: dans les temps de pluie et d'orage, cette rivi\u00e8re est color\u00e9e en rouge par des terres compos\u00e9es de schiste rouge\u00e2tre, qui s'\u00e9boulent: des montagnes de Gabedaille et de Peyren\u00e8re: au reste les eaux du Gave profond\u00e9ment encaiss\u00e9es dans leur lit ne peuvent plus contribuer \u00e0 la fecondit\u00e9 des plaines qu'elles ont form\u00e9es.\n\u00abOn observe, en suivent cette rivi\u00e8re que lorsque les montagnes courent parall\u00e8lement, les angles faillans qu'elles forment correspondent aux angles rentrans; cette r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale sert \u00e0 \u00e9tablir que les vall\u00e9es des Pyr\u00e9n\u00e9es, qu'il faudroit plut\u00f4t appeler de gorges puisqu'elles n'ont qu'une demi-lieue dans leur plus grande largeur, sont l'ouvrage des eaux; mais doit on les ranger parmi celles que M. de Buffon a d\u00e9montr\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 creus\u00e9es par les courans de la mer, ou les supposer form\u00e9es par les torrens qui se pr\u00e9cipitent des montagnes?\n\u00abNe croyez pas, dit M. d'Arcet, en faisant mention des vall\u00e9es des Pyr\u00e9n\u00e9es, que les eaux aient pris ces routes parce qu'elles les ont trouv\u00e9es fray\u00e9es ant\u00e9rieurement \u00e0 leur cours; ce sont les eaux m\u00eame d'en-haut, qui, se ressemblant peu-\u00e0-peu, se sont ouvert de force ces passages: elles se sont creus\u00e9 ces lits dans le temps pass\u00e9s, comme elles les creusent encore tous les jours. Voyez la Discours sur l'\u00c9tat Actuel de Pyr\u00e9n\u00e9es, p.. 10.\n(p. 86.) \u00abLes pierres que les eaux du Val de Canfrac entra\u00eenent, sont rarement us\u00e9es dans leurs angles; on en trouve peu dont la figure soit arrondie, comme celle des pierres que roulent les torrens de la partie septentrionale des Pyr\u00e9n\u00e9es; le sol des environs de Jacia, plus \u00e9lev\u00e9 que celui des plaines du c\u00f4t\u00e9 de la France, s'oppose a ce qu'elles soient emport\u00e9es \u00e0 d'assez grandes distances, et avec la rapidit\u00e9 necessaire pour recevoir, par un long frottement, une figure arrondie: on ne voit point de pierres roul\u00e9es dans les plaines qui entourent cette ville, les bancs calcaires ne sont couverts que d'une cro\u00fbte de terre peu \u00e9paisse; un telle formation diff\u00e8re de celle qu'on observe au pied des monts Pyr\u00e9n\u00e9es, du c\u00f4t\u00e9 de la France, ou le sol de plusieurs contr\u00e9es est compos\u00e9 des d\u00e9bris que les rivi\u00e8res y ont d\u00e9pos\u00e9s 6; une partie de l'\u00c9gypte, selon H\u00e9rodote, a \u00e9t\u00e9 pareillement form\u00e9e des mati\u00e8res que le Nil y a apport\u00e9es; Aristotle la nomme l'ouvrage du fleuve: c'est pourquoi les \u00c9thiopiens se vantoient que l'\u00c9gypte leur \u00e9toit redevable de son origine. Les habitans de Pyr\u00e9n\u00e9es pourroient dire la m\u00eame chose de presque toutes les contr\u00e9es situ\u00e9es le long de la chaine septentrionale, depuis l'oc\u00e9an jusqu'\u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e, et qui forment cette espace d'isthme qui s\u00e9pare les deux mers: c'est ainsi que la nature change continuellement la surface de notre globe; elle \u00e9l\u00e8ve les plaines, abaisse les montagnes; et l'eau est principal agent qu'elle emploie pour op\u00e9rer ces grandes r\u00e9volutions; il ne faut que du temps, pour que le mot de Louis XIV. \u00e0 son petit-fils, se r\u00e9alise. La post\u00e9rit\u00e9 pourra dire un jour; il n'y a plus de Pyr\u00e9n\u00e9es. On con\u00e7oit combien cette \u00e9poque est \u00e9loign\u00e9e de nous. M. Gensanne a trouv\u00e9, par des observations qu'il pretend non \u00e9quivoques, que la surface de ces montagnes baisse d'environ dix pouces par si\u00e8cle; ainsi, en les supposant seulement de quinze cens toises au-dessus du niveau de la mer, et toujours susceptibles du m\u00eame degr\u00e9 d'abaissement, il s'\u00e9coulera un million d'ann\u00e9es avant leur destruction totale.\u00bb\nI do not know in what manner M. Gensanne made his calculation; I would suspect it was from partial, and not from general observations. We have mountains in this country, and those not made of more durable materials than what are common to the earth, which are not sensibly diminished in their height with a thousand years. The proof of this are the Roman roads made over some of those hills. I have seen those roads as distinct as if only made a few years, with superficial pits beside them, from whence had been dug the gravel or materials of which they had been formed.\nThe natural operation of time upon the surface of this earth is to dissolve certain substances, to disunite the solid bodies which are not soluble, but which, in having been consolidated by fusion, are naturally separated by veins and cutters, and to carry those detached bodies, by the mechanic force of moving water, successively from stage to stage, from places of a higher situation to those below.\nThus the beds of rivers are to be considered as the passages through which both the lighter and heavier bodies of the land are gradually travelling; and it is through them that those moveable bodies are from time to time protruded towards the sea shore. But, in the course of rivers, it often happens that there intervenes a lake; and this must be considered as a repository for heavy bodies which had been transported by the force of running water, in the narrow bed through which it was obliged to pass; for, being arrived in the lake, the issue of which is above the level of its bottom, the moving water loses its force in protruding heavy bodies, which therefore it deposits. Thus the bottom of the lake would be filled up, before the heavy materials which the river carries could be made to advance any farther towards the sea.\nReasoning upon these principles, we shall find, that the general tendency of the operations of water upon the surface of this earth is to form plains of lakes, and not, contrarily, lakes of plains. For example, it was not the Rh\u00f4ne that formed the lake of Geneva; for, had the lake subsisted in its present state, while the Rh\u00f4ne had transported all the matter which it is demonstrable had passed through that channel from the Alps, the bed of the lake must have been made a plain through, which the river would continue to pass, but in a changing channel, as it does in any other plain. We are therefore led to believe, that the passage of the Rh\u00f4ne through the lake, in its present state, is not a thing of long existence, compared with the depredations which time had made by that river upon the earth above the lake. But how far there are any means for judging, with regard to the causes of that change which must have taken place, and produced the present state of things about this lake, can only be determined by those who have the proper opportunity of examining that country.\nIf lakes are not in the natural constitution of the earth, when this is elevated from the sea into the place of land, they must be formed by some posterior operation, which may be now considered.\nThere are in nature, that is, in the natural operations of the globe, two ways by which a lake may properly be formed in a place where it had not before existed. One of these is the sliding or overshooting of a mountain or a rock, which, being undermined by the river, and pressed by its weight, may give way, and thus close up the defile through which the river had worn for itself a passage. The other is the operation of an earthquake, which may either sink a higher ground, or raise a lower, and thus produce a lake where none had been before. To which, indeed, may be added a third, the dissolution of saline or soluble earthy substances which had filled the place.\nSo many must have been those alterations upon the surface of the earth which we inhabit, and so short the period of history by which, from the experience of man, we have to judge, that we must be persuaded we see but little of those operations which make any sensible change upon the earth; and we should be cautious not to form a history of nature from our narrow views of things; views which comprehend so little of the effects of time, that they may be considered as nothing in the scale by which we are to calculate what has passed in the works of nature.\nTo form an idea of the quantity of the solid land which has been carried away from the surface of the earth, we must consider our land, with the view of a mineralist, as having all the soil and travelled materials removed, so as we might see the terminations of all the strata, where these are broken off and left abrupt. Now, the generality of those strata are declined from the horizontal plane in which they had been formed, and shew that the upper extremity had been broken off and carried away; and the quantity of that which has been carried away, since the time of the formation of those strata, so far as may be judged from the nature and situation of what remains, must be concluded as very great. This is best to be observed in mountainous countries, where not only the causes of this destruction of the land are more powerful, but the opportunities of investigating the effects more frequent, from the washing away of the loose soil or covering.\nThe correspondent angles of the valleys among mountains is a subject of this nature, in which may be perceived a visible waste of the solid mountain which has those correspondent angles. I am happy to have an authority so much better than my own observations to give on this occasion, where the question relates to what is common or general in these appearances. It is that of M. de Luc, Lettres Physique et Morales, tom. 2. p. 221. \u00abMais avant de finir sur les montagnes primordiales, il faut que je revienne \u00e0 ces angles saillans et rentrans alternativement oppos\u00e9s, qui lorsque Mr. Bourguet les annon\u00e7a, firent un si grand bruit parmi les naturalistes qu'on ne douta plus que toutes les montagnes ne fussent l'ouvrage de la mer. Voici ce que c'est que ce ph\u00e9nom\u00e8ne pr\u00e9tendu d\u00e9monstratif.\n\u00abLorsqu'on voyage dans les vall\u00e9es, on va ordinairement en tournoyant; et quand un angle saillant oblige \u00e0 courber la route, on trouve assez souvent un angle rentrant qui lui fait face, et la vall\u00e9e conserve \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame largeur. M. Bourguet ayant fait cette remarque, et consid\u00e9rant que les bords oppos\u00e9s d'une rivi\u00e8re qui serpente, offrent la m\u00eame opposition des angles saillans et rentrans, en conclut en g\u00e9n\u00e9ral, que les montagnes avoient \u00e9t\u00e9 form\u00e9es par les courans de la mer.\n\u00abSi toutes les montagnes, et les Alpes par exemple, avoient tous les autres caract\u00e8res qu'exige une telle formation celui-l\u00e0 sans doute ne paro\u00eetroit pas les contredire; et l'on ne peut m\u00eame disconvenir, qu'au premier coup d'oeil, ces zig-zags ne ressemblent beaucoup aux effets des eaux courantes. Cependant ce caract\u00e8re appartient bien plus aux eaux qui se frayent une route, qu'\u00e0 celles qui font des d\u00e9p\u00f4ts. Un rivi\u00e8re qui creuse son lit, se d\u00e9tourne \u00e0 la rencontre d'un obstacle, et ronge le c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9; c'est ce qui produit ses m\u00e9andres. Mais on ne voit point les m\u00eames causes de zig-zags dans les courans au sein de la mer; \u00e0 moins qu'il n'y ait d\u00e9j\u00e0 des montagnes.\n\u00abEn effet si l'on consid\u00e8re les montagnes et les collines qui par leurs couches et les corps \u00e9trangers qu'elles renferment, montrent sans \u00e9quivoque qu'elles sont l'ouvrage des eaux, on les trouvera le plus souvent rang\u00e9es sans ordre. Quelquefois elles ne paroissent que des monceaux pos\u00e9s \u00e7\u00e0 et l\u00e0; comme dans une grand partie du Pi\u00e9mont. Ou si elles sont sous la forme de cha\u00eenes continues, on y trouve peu de parall\u00e9lisme, c'est-\u00e0-dire de ces angles rentrans oppos\u00e9s aux angles saillans: tel est le Jura.\n\u00abMais si les courans de la mer ont trouv\u00e9 des montagnes toutes faites, et qu'ils les ayent travers\u00e9es, dans quelque sens que ce soit; ils se sont fray\u00e9 des routes dans les endroits o\u00f9 la resistance \u00e9toit moindre, et ont rong\u00e9 les bords de leurs canaux \u00e0 la mani\u00e8re des rivi\u00e8res. On doit donc y trouver du parall\u00e9lisme.\n\u00abSi maintenant on consid\u00e8re la cha\u00eene des Alpes, on verra qu'elle r\u00e9pond fort bien \u00e0 cet effet naturel. Quoique ces montagnes forment une cha\u00eene dans leur ensemble, leurs parties sup\u00e9rieures ne montrent aucune sorte d'arrangement particulier, aucune trace de zig-zags: c'est dans le fond des grandes vall\u00e9es, ou dans les coupures qui servent \u00e0 l'\u00e9coulement des eaux, que ce parall\u00e9lisme des c\u00f4t\u00e9s oppos\u00e9s se remarque; quoiqu'avec bien des exceptions. Et ce qu'il y a de plus important \u00e0 consid\u00e9rer, c'est que ces grandes vall\u00e9es ou les angles saillans et rentrans forment l'engr\u00e8nement le plus sensible, coupent ordinairement la cha\u00eene en travers, au lieu de la suivre; ce qui annonce plut\u00f4t destruction qu'\u00e9dification.\n\u00abAinsi les angles saillans et rentrans alternativement opposes dans les vall\u00e9es des montagnes, peuvent bien contribuer \u00e0 prouver qu'elles ont \u00e9t\u00e9 toutes sous les eaux de la mer; mais non que la mer les a\u00eet toutes faites. C'est ici donc un nouvel exemple de la n\u00e9cessit\u00e9 de consid\u00e9rer attentivement les id\u00e9es qui paroissent le plus naturelles au premier coup d'oeil: car cet aper\u00e7u \u00e9toit bien un de ceux qu'on est tent\u00e9 d'admettre sans examiner autre chose que la v\u00e9rit\u00e9 du fait.\u00bb\nHere we have the testimony of this author concerning the nature of those causes by which the shape of the surface of the earth, in those regular appearances of corresponding parts, had been determined, viz. That these had been destroying operations, and not those by which the mountains had been formed. We differ, however, from this naturalist with regard to the particular agent here employed. It will be shown, in a subsequent chapter, that there is almost as little reason to conclude from this appearance, that the space between the correspondent angles had been hollowed by the currents of the sea, as that those angles had been formed by matters deposited in that shape and situation.\nFarther, treating of the calcareous mountains, the same author observes, (Lettre 38. p. 229.)\n\u00abCette cha\u00eene ext\u00e9rieure des Alpes \u00e9videmment d'origine marine, a cependant des caract\u00e8res qui la distinguent de la plupart des autres montagnes de la m\u00eame classe; et ces caract\u00e8res semblent annoncer plus d'antiquit\u00e9. Je crois d'abord pouvoir les regarder comme les montagnes secondaires les plus hautes de notre continent. (Je ne parle ici que des montagnes marines.) Ensuite leur destruction est beaucoup plus grande que celle d'aucune autre montagne de ce genre qui me soit connue: car elles sont presque aussi couronn\u00e9es de pics que les Alpes primordiales; et ces pics, \u00e9tant par couches, montrent des restes d'anciens sommets qui devoient avoir une grande \u00e9tendue. Ce qui, joint \u00e0 quelques d\u00e9rangemens dans leurs couches, paro\u00eet indiquer que ces montagnes ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es plus longtemps que la plupart des autres montagnes secondaires, aux revolutions qu'essuyoit le fond de la mer; et qu'elles en sont sorties d\u00e9j\u00e0 fort alt\u00e9r\u00e9es.\u00bb\nThere is at present no question concerning the particular shape in which the mountains of the earth had come out of the waters of the sea. We are considering the wasting of those mountains, in being exposed to the atmosphere and waters of the earth; and the operation that the sea may have had upon their surface, is a subject for judging of which we have not the smallest data, unless by taking the thing for granted, or supposing that the present state of things is that former shape after which we inquire. Now, this is a species of reasoning that M. de Luc would certainly explode; for he admits, as we shall afterwards find, great changes among the mountains of the Alps, from the influences of the atmosphere, perhaps more rapid changes than we are disposed to allow. Therefore, to call in the aid of the ocean, for the degradation of these secondary calcareous mountains, holds of no reason that I can see, unless it be that of diminishing the time which otherwise would have been required in bringing about those changes by the atmosphere alone.\nTo conclude: Whether we examine the mountain or the plain; whether we consider the degradation of the rocks, or the softer strata of the earth; whether we contemplate nature, and the operations of time, upon the shores of the sea, or in the middle of the continent, in fertile countries, or in barren deserts, we shall find the evidence of a general dissolution on the surface of the earth, and of decay among the hard and solid bodies of the globe; and we shall be convinced, by a careful examination, that there is a gradual destruction of every thing which comes to the view of man, and of every thing that might serve as a resting place for animals above the surface of the sea.\nv2:4 Tableaux de la Suisse Discours, etc. p. 113. Route d'Altorf au St. Gothard.\nv2:5 Here is an example of the junction of the granite with the schistus; and probably here will be a proper opportunity of investigating the formation of those two things. Our author here supposes the granite to be the primary, and the schistus to be the secondary body; on the contrary, I believe that schistus to be the primary in relation to the granite, and that the granite had invaded the schistus, as will be made to appear in its proper place.\nv2:6 The notion, that the water-worn gravel, which we so frequently find upon the surface of the earth, had been the effect of rivers transporting the rocks and stones, is not accurate or in perfect science. That stones are thus continually transported is certain; it is also indisputable, that in this operation they are broken and worn by attrition, more or less; but, that angular stones of the hardest substance are thus made into that round gravel, which we find so abundantly in many places forming the soil or loose materials of the surface, is a conclusion which does not necessarily follow from the premises, so far as there is another way of explaining those appearances, and that by a cause much more proportioned to the effect.\nThe view which I take of the subject is this; first, that those water-worn materials had their great roundness from the attrition occasioned by the waves of the sea upon some former coast. Secondly, that, after having been thus formed by agitation on the shores, and transported into the deep, this gravel had contributed to the formation of secondary strata, such as the puddingstone which has been described in Part I. Chap 5, and 6; and, lastly that it has been from the decay and resolution of those secondary strata, in the wafting operations of the surface, that have come those rounded siliceous bodies, which could not be thus worn by travelling in the longest river.","title":"Theory of the Earth: Theory of the Earth [1795], Vol. II ...","type":"page"}
